Neurobiologie du trouble bipolaire

Les causes de la maladie bipolaire ne se trouvent pas dans une quelconque mauvaise volonté psychique du patient. Il ne s’agit pas non plus d’un trouble de la personnalité. Le trouble bipolaire est une maladie neurogénétique/neurobiologique qui altère les fonctions cérébrales régulant l’humeur indépendamment du contrôle du patient. Il n’est donc pas possible de parler de trouble bipolaire sans évoquer sa base génétique ainsi que des facteurs environnementaux modulant son origine.

Hérédité du trouble bipolaire

La base génétique du trouble bipolaire a été mise en évidence depuis les premières recherches conduites sur les familles et les jumeaux bipolaires. Les enfants qui ont un seul parent atteint de la maladie ont environ 10% de chances de développer le trouble eux-mêmes. Chez de vrais jumeaux, si l’un est atteint, le risque que l’autre soit atteint est de 40% à 70% (1). Ces chiffres montrent que la génétique n’est pas le seul facteur permettant de déterminer qui est à risque de développer un trouble bipolaire. Parce que les jumeaux identiques partagent tous les mêmes gènes, si le trouble bipolaire était purement et seulement héréditaire, alors 100% des vrais jumeaux partageraient le trouble. Des facteurs environnementaux tels que des stress et trauma précoces peuvent moduler son apparition (1-2).

Les gènes du trouble bipolaire

Les études génétiques ont montré qu’il n’existe pas de gène unique et spécifique à la maladie. Une multitude de gènes sont impliqués (exemple le gène BDNF impliqué dans la survie des neurones;  le gène 5HTT impliqué dans le transport de la sérotonine etc.) formant une maladie génétique hétérogène et complexe avec un ensemble de différents gènes dont la combinaison varie d’un patient à l’autre produisant une maladie similaire que nous regroupons sous le terme de trouble bipolaire (1).

Régions cérébrales affectées

Les défauts génétiques ont des répercussions sur le fonctionnement des zones du cerveau impliquées dans l’humeur (figure 1 et 2). Il n’y a pas une seule région affectée, mais un ensemble de régions interagissant entre elles. Les principales régions affectées sont celles du cortex préfrontal, du cortex cingulaire antérieur et du système limbique (dit « cerveau émotionnel » comprenant entre autre l’amygdale et l’hippocampe) (1). 

Figure 1 : IRM normal, en dépression et en manie. Les zones les plus actives sont en rouge et les zones les moins actives sont en bleu.

Figure 2 : Régions impliquées dans le trouble bipolaire.

Neurones, neurotransmetteurs et trouble bipolaire

La connexion entre les différentes aires cérébrales mentionnées dans le paragraphe précédent est altérée. Ceci est du à une mauvaise connexion entre les neurones qui composent ces régions. Les neurones communiquent entre eux par des messagers appelés neurotransmetteurs (par exemple la sérotonine, la noradrénaline et la dopamine ; figure 3 et 4). Dans le trouble bipolaire ces neurotransmetteurs sont trop ou pas assez présents. 

Figure 3 : Rôles des neurotransmetteurs dopamine, noradrénaline et serotonine.

Figure 4 : Connexion entre neurones par les neurotransmetteurs

Les traitements aident les neurones à retrouver un bon équilibre de neurotransmetteurs dans les régions cérébrales perturbées. Par exemple les antidépresseurs augmentent la quantité de sérotonine, de noradrénaline et de dopamine dans le cerveau permettant de diminuer ou de supprimer les symptômes dépressifs. Les anxiolytiques agissent en imitant l’effet d’un neurotransmetteur appelé GABA aux effets relaxants. Les neuroleptiques bien que bloquant la production de dopamine dans certaines régions cérébrales, modulent entre autres la production de sérotonine. Le lithium a un mécanisme d’action complexe mais est largement connu pour augmenter la production de facteurs de croissance neuronale (BDGF) et protéger la survie des neurones dans des régions fragiles impliquées dans le trouble bipolaire, par exemple l’hippocampe. L’hippocampe est une des seules régions dans le cerveau où de nouveaux neurones sont formés et d’autres détruits tout au long de notre vie. Lors d’épisode bipolaire, ces neurones meurent et ne sont pas remplacés créant une diminution de la taille de l’hippocampe et de sa fonctionnalité (1-2).

Sources

1. Integrated neurobiology of bipolar disorder. Maletic V, Raison C. Frontiers in psychiatry (2014).

2. Psychopharmacologie des troubles bipolaires. Aubry JM, Ferrero F, Schaad N. Médecine et Hygiène (2013)